À peine investi, Romuald Wadagni dévoile une équipe de 24 ministres, mêlant technocrates aguerris et figures politiques, pour relever les défis laissés par Patrice Talon. Entre équilibre politique et expertise technique, ce gouvernement est présenté comme une véritable armée de combat prête à livrer bataille sur les grands chantiers nationaux. Avec Laure Lèkossa, journaliste à la télévision Prime News Monde Jules Léandre Kiti, chroniqueur et analyste politique a scruté l’actualité politique nationale
Prime News Télévision : Bonjour Julio Kiti, heureux de vous retrouver sur ce plateau.
Jules Kiti : Bonjour, chère amie, le plaisir est partagé.
Le président Romuald Wadagni vient de former son tout premier gouvernement. Que retenir de cette architecture ?
C’est une équipe de 24 membres, composée de 18 hommes et 6 femmes. On y retrouve des ministres reconduits comme Yvon Détchénou à la Justice, Véronique Tognifodé à la Famille et à l’action sociale, Benjamin Hounkpatin à la santé, Benoît Dato au sport et Aurélie Adam Soulé Zoumarou à la Communication. Mais il y a aussi de nouvelles figures issues de l’administration territoriale et de la diplomatie, comme Djibril Mama Cissé à l’intérieur et Gildas Agonkan à la Défense.
Est-ce une équipe de techniciens ou de politiques ?
Je dirais les deux. Tous ont une expertise technique, mais certains sont aussi des acteurs politiques affirmés. Wadagni a voulu un équilibre : des profils pointus pour relever les défis économiques et sociaux, et des figures politiques pour assurer la légitimité et l’ancrage démocratique.
Quels sont les grands enjeux pour cette équipe ?
Le défi est immense : prendre le relais après une gouvernance jugée exceptionnelle de Patrice Talon. Wadagni a segmenté le ministère des Finances en plusieurs pôles, preuve qu’il veut une gestion moderne et rigoureuse. La microfinance, par exemple, est désormais rattachée aux Finances, ce qui traduit une volonté de technicité et de concrétisation. L’objectif est clair : transformer la croissance économique en amélioration tangible du quotidien des Béninois.
Et sur le plan diplomatique ?
Le président mise sur des personnalités expérimentées, comme l’ex-ambassadrice en France désormais aux Affaires étrangères. Mais Wadagni lui-même jouera un rôle central dans le réchauffement des relations régionales, notamment pour la lutte contre le terrorisme.
En résumé ?
C’est un gouvernement de combat, composé de soldats gradés, prêts à aller au front. Pas de novices, mais des tireurs d’élite pour répondre aux attentes pressantes des populations.
Certains estiment que cette segmentation traduit une volonté de contrôle absolu du président sur les finances publiques. Qu’en pensez-vous ?
Non, ce n’est pas une logique de gendarme. Wadagni comprend les dossiers, il a une carte de visite qui force l’admiration. En déléguant à des ministres délégués, il cherche surtout l’efficacité. Par exemple, le budget est désormais un ministère à part entière, associé à la fonction publique. Cela permet de mieux articuler les besoins exprimés par l’administration et les ressources disponibles, sans créer de blocages. Romuald Wadagni, fort de son expérience de dix ans à la tête des finances et de l’économie, a choisi de remodeler ce ministère stratégique en plusieurs pôles. Loin d’un simple contrôle, cette configuration vise à accélérer la prise de décision, renforcer la transparence et rapprocher la gestion budgétaire des réalités de la fonction publique et du commerce intérieur.
Vous évoquez aussi une innovation dans le commerce intérieur…
Oui, c’est une avancée majeure. Le nouveau ministère du Commerce intérieur et de la formalisation de l’économie s’attaque à un problème de fond : l’informel qui représente près de 80 % de l’économie béninoise. Sous Talon, des efforts ont été faits pour simplifier les procédures et rassurer les citoyens sur l’usage des impôts. Wadagni veut poursuivre ce processus en incitant davantage les acteurs à entrer dans le formel, ce qui renforcera la traçabilité et la confiance.
Et l’ajout de l’« engagement civique » au portefeuille des Sports ?
Ce n’est pas un simple slogan. Il s’agit d’amener les Béninois à s’impliquer activement dans la vie publique, à respecter le bien commun et à contribuer volontairement au développement du pays. L’engagement civique devient un levier transversal, autant dans le sport que dans la culture, l’environnement ou même la politique.
En résumé, quelle lecture faites-vous de cette architecture ?
Wadagni n’a pas cherché à centraliser pour contrôler, mais à segmenter pour fluidifier. Il fait confiance à des collaborateurs expérimentés, qu’il connaît bien, et qui partagent sa vision. C’est une organisation pensée pour la célérité, la transparence et l’efficacité.
Certains débats autour des élections, notamment sur le taux de participation, ont marqué l’actualité. Quelle lecture en faites-vous ?
C’est un débat qui traduit encore nos fragilités démocratiques. Aller voter, c’est un acte de patriotisme. On ne vote pas pour être attaché à un camp, mais pour donner ou retirer sa confiance. Cela suppose une éducation civique renforcée.
Vous avez évoqué la fiscalité et la perception des citoyens. Qu’est-ce qui change aujourd’hui ?
Longtemps, les Béninois ont pensé que leurs impôts étaient volés ou mal utilisés. Trois raisons expliquaient cette réticence : manque de transparence, enrichissement ostentatoire de certains responsables, et infrastructures dégradées. Aujourd’hui, la traçabilité est meilleure, la rigueur est visible, et les réalisations concrètes rassurent. Celui qui a désormais accès à l’eau potable ou à l’électricité comprend mieux l’utilité de sa contribution.
Et la méthode Wadagni, comment la définir ?
C’est une méthode de rigueur et de timing. Des projets qui prenaient des années seront réalisés plus rapidement. Wadagni attache une grande importance au discours public et à la transparence des chiffres. Il veut des résultats chiffrés, réguliers, et visibles.
Quelles sont les attentes des populations vis-à-vis de ce gouvernement ?
Elles sont énormes. Les Béninois veulent que la croissance économique se traduise dans leur quotidien. Wadagni a déjà montré sa capacité à mobiliser des ressources extérieures et à crédibiliser la signature du Bénin. Mais il faut rester réaliste : ce gouvernement n’a que deux jours d’âge. Les 100 premiers jours seront déterminants, non pas pour célébrer, mais pour présenter des résultats concrets.
Et sur le plan diplomatique ?
Wadagni a déjà donné des signaux forts en réussissant à mobiliser des délégations du Burkina, du Niger et du Mali pour son investiture. L’ouverture régionale sera un axe majeur, notamment pour la lutte contre le terrorisme et la coopération économique.
En conclusion ?
C’est un gouvernement compétent, équilibré et ambitieux. Les attentes seront comblées, mais il faudra juger sur pièces. Les Béninois veulent du concret, et Wadagni semble prêt à leur en donner.
Monsieur Kiti, qu’avez-vous retenu du discours d’investiture du président Wadagni ?
D’abord, sa brièveté. Le discours n’était pas long, mais il était dense en symboles et en engagements. Ce qui m’a marqué, c’est la réaffirmation de l’autorité de l’État sur les questions de sécurité. Wadagni a dit avec fermeté que le Bénin ne tremblera pas devant ses ennemis et que les forces de défense et de sécurité continueront à être renforcées.
Il a aussi insisté sur la coopération régionale…
Exactement. La présence des délégations du Burkina, du Niger et du Mali à son investiture n’était pas anodine. Wadagni a martelé sa volonté de réchauffer les relations de bon voisinage et de mener la lutte contre le terrorisme en synergie. Les études montrent que seule une coopération régionale peut rendre cette lutte efficace.
Et concernant la jeunesse ?
C’est le troisième axe fort. Wadagni s’est adressé directement aux jeunes, en leur promettant un État à leurs côtés, non pas avec des discours creux, mais avec des dispositifs concrets : financement, coaching, climat d’affaires favorable, accompagnement technologique. Il a insisté sur l’intelligence artificielle et le digital, désormais intégrés dans un département ministériel, pour former une jeunesse compétente et adaptée aux outils contemporains.
En somme, quel style de gouvernance se dessine ?
Une gouvernance de rigueur et d’efficacité, mais aussi d’ouverture. Wadagni veut transformer les promesses en résultats tangibles, accélérer les grands projets et donner aux jeunes les moyens de réussir. Son discours était un signal fort : sécurité, coopération régionale et jeunesse seront les piliers de son mandat.
Certains disent qu’entre le candidat et le président élu, il y a souvent une différence de ton. Est-ce le cas ici ?
Non, Wadagni est resté le même. Certes, il a pris le manteau du président de la République, avec toute la charge spirituelle et institutionnelle que cela implique, mais son discours est resté en parfaite cohérence avec ses déclarations de campagne. Il n’a pas fait de promesses électoralistes, il veut réaliser ce qu’il a décidé de faire.
Il a parlé de la lutte contre l’extrême pauvreté…
Oui, c’est un axe fort. Il a réaffirmé que son gouvernement s’attaquera à l’extrême pauvreté, en poursuivant les réformes déjà amorcées et en veillant à ce que les fruits de la croissance économique soient visibles dans les assiettes des Béninois.
Et la diaspora ?
Elle a été directement interpellée. Wadagni a reconnu son rôle et sa contribution. La création d’un ministère chargé de la mobilisation des ressources extérieures inclut aussi la diaspora. Elle est pressée de voir le président entreprendre des tournées pour renforcer ce lien. C’est un signal fort : les Béninois de l’extérieur comptent dans la stratégie nationale.
Le travail reste au cœur de son projet…
Absolument. Wadagni a insisté : rien ne sera possible sans le travail. L’État accompagnera, protégera, mais chacun doit s’engager. Il a dénoncé les comportements de passivité et de parasitisme, affirmant que les projecteurs sont braqués sur le Bénin et que ceux qui profitent sans contribuer seront démasqués. La jeunesse, elle, aura toutes les conditions pour s’épanouir légalement grâce aux dispositifs mis en place.
Et sur le plan diplomatique ?
Le discours a été très symbolique. La présence des délégations du Burkina, du Niger et du Mali à l’investiture montre une volonté de réchauffer les relations régionales. Wadagni veut rassurer ses voisins : le Bénin n’a aucun intérêt à leur nuire, mais au contraire à coopérer. Le fait que ces pays aient envoyé des personnalités de premier rang prouve qu’ils aussi veulent tourner la page et travailler en synergie.
En conclusion ?
Wadagni a montré qu’il est un président de continuité et d’action. Sécurité, lutte contre la pauvreté, jeunesse, diaspora et diplomatie régionale : voilà les piliers de son mandat. Les attentes sont grandes, mais le ton est donné.
Comment voyez-vous le septennat de Romuald Wadagni ?
Je vois un septennat géré comme un quinquennat accéléré. Malgré la durée de sept ans, il n’y aura pas de temps pour dormir sur ses lauriers. Wadagni est un homme de rigueur, qui ne remet pas les choses à demain. Il sait que seul le travail bien fait, dans le bon timing, produit des résultats.
Les attentes des Béninois sont-elles différentes aujourd’hui ?
Oui, elles sont beaucoup plus grandes. Patrice Talon a montré que tout est possible, et les Béninois rêvent désormais grand. Un jeune entrepreneur peut réclamer une meilleure connexion Internet et considérer que c’est un critère de développement. Wadagni devra répondre à ces exigences modernes, avec rapidité et efficacité, sans tomber dans la précipitation.
Pensez-vous que ce septennat sera couronné de succès ?
Oui, parce que l’équipe est compétente et que Wadagni a déjà prouvé sa capacité à mobiliser des ressources et à gérer avec rigueur. Mais il y a toujours une part d’inconnu. Après le travail des hommes, il faut aussi compter sur la bénédiction divine. Dieu aime le travail bien fait, et je crois que ce mandat sera marqué par de grandes réalisations.
Merci Julio Kiti pour vos analyses.
Merci à vous, et merci aux internautes de Prime News Télévision.
Réalisation Laure Lèkossa
Transcription Zéphirin Toasségnitché










