Avec l’essor fulgurant des technologies numériques, les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place centrale dans la circulation de l’information. En période électorale surtout, cette circulation devient sensible et parfois dangereuse. Entre information vérifiée et fausses nouvelles, il devient de plus en plus difficile de faire la différence. Pour mieux comprendre ces enjeux, nous avons rencontré Codjo Emmanuel, expert en fact-checking, qui nous éclaire sur le rôle des réseaux sociaux, leurs dérives et les moyens de vérification de l’information.
Prime News Monde : Comment définissez-vous les réseaux sociaux ?
Codjo Emmanuel: Les réseaux sociaux sont aujourd’hui de véritables carrefours d’informations. Ils permettent à chacun de se connecter, de partager des contenus, de s’informer sur l’actualité, le quotidien des autres, mais aussi de se divertir et d’apprendre. L’accès est ouvert à tous. Il suffit d’avoir un compte Facebook, Twitter (X) ou LinkedIn pour publier et consommer de l’information. Cependant, cette facilité d’accès pose un problème majeur. Tout le monde peut publier, mais tout le monde ne maîtrise pas forcément les règles de vérification de l’information. Résultat, l’information circule très vite, sans toujours être fiable.
Quelles sont les principales dérives observées en période électorale ?
La période électorale est particulièrement sensible. On y enregistre une forte propagation de fausses informations, souvent appelées Fake news. Ces contenus peuvent influencer l’opinion publique, créer la confusion ou attiser des tensions. Aujourd’hui, même les internautes ordinaires ont du mal à distinguer le vrai du faux. Cette situation constitue l’une des grandes dérives liées à l’évolution technologique. Face à cela, des institutions comme le Bnn ont multiplié les actions pour mieux encadrer l’information diffusée sur les réseaux sociaux. Il existe également un code numérique, en vigueur depuis plusieurs années, qui s’impose à tous les citoyens. L’article 550 de ce code stipule que toute personne qui produit, partage ou relaie de fausses informations sur les réseaux sociaux s’expose à des sanctions allant d’une amende de 500 000F à 1 000 000F et à une peine d’emprisonnement de 6 mois à 1 an. La loi considère à la fois l’auteur et le relayeur comme responsables.
Avec quels outils peut-on vérifier une information ?
Aujourd’hui, plusieurs outils existent pour aider les internautes à vérifier l’information avant de la partager. Il s’agit entre autre de : Google images permet de vérifier l’origine d’une image grâce à la recherche inversée ; Fact Check Tool Explorer, un outil qui permet d’analyser un texte et de savoir si une information est vraie ou fausse ; Data Viewer d’Amnesty International est utile pour vérifier la provenance et la crédibilité de certaines informations ; InVID, un outil spécialisé dans la vérification des vidéos, très efficace contre les deepfakes et autres manipulations visuelles. Il est important de souligner qu’une seule vérification ne suffit pas. Pour être sûr qu’une information est fausse ou vraie, il est recommandé de la faire passer dans au moins cinq ou six outils différents, car chaque outil utilise une méthode d’analyse spécifique.
Quel message adressez-vous aux utilisateurs des réseaux sociaux ?
Mon message est simple. Vérifiez avant de partager. Chaque citoyen doit prendre le temps de s’assurer de la véracité d’une information. Sur les réseaux sociaux, nous sommes tous responsables de ce que nous publions ou relayons. Je rappelle encore que le code numérique, notamment l’article 550, sanctionne sévèrement toute personne impliquée dans la diffusion de fausses informations. La prudence et la responsabilité doivent donc guider nos comportements en ligne, surtout en période électorale.
Propos recueillis par: Prisca Ahouassou










