Dans les rues pavées d’Abomey, où les traditions féodales peinent à s’effacer, une révolution silencieuse prend forme. Edwige Edjèkpoto, vulcanisatrice de profession, incarne cette audace. Alors que les métiers techniques restent l’apanage des hommes, elle a transformé un atelier de fortune en symbole de résilience. Son histoire n’est pas seulement celle d’une carrière atypique, mais d’un combat pour l’autonomie économique des femmes dans une société cloisonnée.
Edwige Edjèkpoto, vulcanisatrice de profession, briser les tabous et forge son autonomie à Abomey, la cité historique du Bénin. Dès l’aube, Edwige accueille ses premiers clients avec une efficacité qui force l’admiration. Son chiffre d’affaires quotidien (6 000 FCFA) dépasse celui de ses confrères masculins, prouvant que la compétence n’a pas de genre. Sa réussite tient à sa rigueur, mais aussi à sa capacité à fédérer : clients, apprentis, et même son époux, maçon de métier, s’inscrivent dans une dynamique de complémentarité. « Le secret ? L’organisation et le dialogue », confie-t-elle. Son atelier, ouvert en 2012, est devenu un lieu de passage incontournable, où les femmes osent désormais franchir le seuil pour réclamer ses services. Sa Performance et sa reconnaissance constituent un modèle entrepreneurial qui doit faire école. Mais cette résilience à un prix qu’elle a payé.
Un parcours parsemé d’embûches
Son choix professionnel n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille. En 2007, son père refusait catégoriquement qu’elle apprenne la vulcanisation, jugée « incompatible » avec son statut de femme. Grâce à des médiateurs, il finit par céder, mais l’atelier de Paulin Kinhou lui réserva un accueil glacial. Seule femme parmi seize apprentis, elle dut affronter scepticisme et harcèlement. Pourtant, en quatre ans, elle devint la plus rapide, la plus précise et la première libérée. « J’ai prouvé que je valais mieux que les préjugés », lance-t-elle avec fierté. Aujourd’hui membre active de l’Association des vulcanisateurs d’Abomey (Ava), Edwige Edjèkpoto milite pour que d’autres femmes embrassent des métiers non traditionnels. « La coiffure ou la couture ? Ces secteurs sont saturés. Il faut oser des voies nouvelles pour survivre économiquement », insiste-t-elle. Son message est clair : l’émancipation passe par l’indépendance financière, et celle-ci exige de défier les normes. Entre son atelier et son foyer, Edwige jongle avec grâce. Son quotidien s’organise autour de : levé à l’aube, repas préparés à l’avance, transparence avec son mari. Des dispositions qui illustrent une harmonie possible entre vie professionnelle et familiale. « Tout est question de volonté », résume-t-elle. Son histoire, au-delà d’un succès personnel, dessine une voie pour les femmes du Bénin : celle où le courage et l’ingéniosité transforment les contraintes en opportunités.
Zéphirin Toasségnitché









