L’Afrique subit une dilution progressive de son identité sous l’influence des cultures occidentales. Un symptôme frappant de ce phénomène réside dans le rejet des prénoms autochtones au profit de noms étrangers, particulièrement visible dans les départements du Zou et des Collines au Bénin, où moins de 10 % des enfants portent des prénoms locaux.
Le prénom est bien plus qu’une simple étiquette. Il incarne une carte d’identité culturelle, révélant l’origine, l’histoire et les valeurs de celui qui le porte. « Rien qu’en entendant mon prénom, Susuji, on sait d’où je viens, qui je suis et à quelle culture j’appartiens. C’est ma signature identitaire », explique Béhanzin Susuji, conteur et directeur de la maison du tourisme d’Abomey et région. Malheureusement, cette fierté identitaire s’efface progressivement. Les prénoms traditionnels comme Fati, Sessi, Bio, Shadé ou Codjo sont délaissés au profit de prénoms occidentaux ou religieux. Certains parents, comme Basile Alitonou, se fient aux calendriers des saints, sans toujours considérer la signification profonde de ces choix. D’autres, à l’image de Pierre Nougbodohoué, optent pour des prénoms de saints chrétiens ou inspirés de séries télévisées, souvent sans lien avec leur histoire pensant ainsi moderniser leur héritage. Il défend les prénoms composés hybrides, arguant que « le monde évolue », Basile Alitonou avoue : « Je choisis un prénom de calendrier simplement parce que sa sonorité me plaît ». Mais cette tendance efface les références culturelles ancestrales. Pour le Révérend Père Jaurès de la paroisse Saint-Enfant-Jésus d’Adagamè, met en garde : « L’enfant reflète son prénom », insistant sur l’impact psychologique et spirituel du choix. « Un nom mal choisi peut influencer son destin » martèle-t-il. Susuji Béhanzin incarne cette résistance. Son prénom, Sussuji (« évolution ascendante » en fongbé), lui a été donné par son père, convaincu que « la vie n’est pas stagnante, mais évolutive ». Il a perpétué cette tradition en baptisant ses enfants Sègnissou (« celui qui vainc les obstacles ») ou Sèwouiji (« la lumière guide »). Malgré les refus initiaux de certains prêtres, il a tenu bon, soutenu par des religieux éclairés comme le vicaire Alain Aïmihouè. Chacun de ces noms est porteur d’une histoire unique. Susuji Béhanzin va plus loin : « Un prénom autochtone crée une communion avec les forces spirituelles africaines, contrairement à un prénom importé qui aliène »
L’action militante de l’ONG Ora
Akiorè Oyédékpo Edon, spécialiste des études afro-américaines, dénonce « l’aberration de troquer son identité contre un mirage occidental ». Il cite en exemple Kylian Mbappé ou Wolé Soyinka, dont les succès mondiaux n’ont pas exigé le rejet de leurs noms africains. Béhanzin Sussuji annonce la publication de calendriers de prénoms autochtones (Fongbé, Yoruba, etc.), avec 365 options pour chaque genre, accompagnées de leurs significations. L’Ong Ora, quant à elle, prime les élèves portant des prénoms locaux, incitant les parents à renouer avec leurs racines. En termes de recommandation, il faut valoriser les langues locales. « On ne comprend le monde qu’à travers sa propre langue » avance Susuji Béhanzin. L’Église doit accepter les prénoms africains ; les Mbappé et Soyinka prouvent que l’identité africaine n’est pas un frein, mais une force. Face à la mondialisation, l’Afrique doit opposer une « contre-offensive culturelle». Porter un prénom autochtone n’est pas un repli, mais un acte de fierté et de résistance. Comme le rappelle Susuji : « Renier son prénom, c’est renier son âme » pour Akiorè Oyédékpo Edon « la culture est notre arme la plus puissante. Ne la déposons pas»
Zéphirin Toasségnitché










