Au Bénin, la santé mentale demeure l’un des sujets les plus sensibles et les moins compris. Lorsqu’une personne présente des troubles du comportement, des propos incohérents ou une souffrance psychologique visible, l’explication la plus répandue reste souvent d’ordre spirituel.
Sorcellerie, attaque mystique, punition divine ou possession. Telles sont les perceptions que bon nombre attribuent à la santé mentale dans notre tradition béninoise. La maladie mentale est ainsi reléguée au rang de phénomène surnaturel plutôt que médical. Dans l’imaginaire collectif, « être malade mental » signifie être fou, dangereux ou irrémédiablement perdu. Consulter un psychologue ou un psychiatre est parfois perçu comme une honte familiale ou un aveu de faiblesse. Résultat : la souffrance psychique est cachée, minimisée ou confiée en premier recours aux couvents, églises et centres de prières. Pourtant, la santé mentale recouvre une réalité bien plus large : dépression, anxiété, stress chronique, troubles bipolaires, addictions, traumatismes ou encore souffrances liées aux pressions sociales et économiques.
Une réalité silencieuse mais omniprésente
Les professionnels de santé sont formels : les troubles mentaux existent bel et bien au Bénin et touchent toutes les couches sociales. Jeunes, adultes, femmes, hommes, étudiants, fonctionnaires ou travailleurs du secteur informel, nul n’est épargné. La précarité économique, le chômage, les tensions familiales, les exigences sociales, les échecs scolaires ou professionnels, ainsi que les traumatismes liés aux violences, alimentent largement les souffrances psychologiques. La dépression est souvent confondue avec de la paresse, l’anxiété assimilée à une faiblesse de caractère, et les troubles sévères rapidement associés à des forces occultes. Cette confusion retarde la détection précoce et aggrave les situations, parfois jusqu’à des drames humains : abandon, errance, maltraitance ou enchaînement de personnes souffrantes.
Spiritualité et médecine : une complémentarité à construire
La forte dimension spirituelle de la société béninoise n’est pas en soi un problème. La spiritualité contribue au bien-être et à la résilience des individus. Le danger survient lorsque toute maladie mentale est exclusivement interprétée sous l’angle spirituel, au détriment de la médecine moderne. Reconnaître une origine médicale à la maladie mentale ne nie pas la foi ou les croyances. Au contraire, une approche complémentaire, respectueuse des convictions religieuses mais fondée sur des soins scientifiques, offrirait une prise en charge plus humaine et efficace. Malheureusement, cette complémentarité reste rare, faute de sensibilisation et de dialogue entre les acteurs.
Les défis du système de santé mentale
Au-delà des perceptions culturelles, le système de santé mentale béninois fait face à de nombreux défis : manque de spécialistes tels que les psychiatres, psychologues et infirmiers spécialisés sont trop peu nombreux, structures limitées : concentrées dans les grandes villes, elles restent difficilement accessibles aux populations rurales, coût élevé des soins : les consultations et traitements sont souvent hors de portée, reléguant la santé mentale au second plan dans un contexte de survie économique. Face à ces obstacles, beaucoup se tournent vers des solutions dites « traditionnelles » ou spirituelles, jugées plus accessibles et socialement acceptées.
Briser le tabou pour mieux soigner
Parler de santé mentale au Bénin est une urgence sociale. Il ne s’agit pas seulement de soigner, mais aussi d’éduquer et de transformer les mentalités. La maladie mentale n’est ni une malédiction, ni une honte, ni.
Zéphirin Toasségnitché










