Contrairement aux idées reçues, même parmi les initiés, le signe Djogbé ou Gbé-mèdji ne symbolise pas uniquement le bonheur. Dans certaines circonstances, il peut aussi annoncer des épreuves. Symplice Amagbégnon, grand prêtre de Fâ à Bohicon, éclaire cette dualité pour mieux guider les adeptes et les profanes.
Une personne marquée par ce signe présente souvent une morphologie évolutive: svelte dans sa jeunesse, elle peut devenir obèse avec l’âge, une transformation parfois liée au respect des interdits du Fâ. Ces individus jouissent généralement d’une aisance matérielle et de multiples opportunités. Cependant, le Fâ met en garde : ces ouvertures peuvent aussi être sources de risques. Pour conjurer le mauvais sort et renforcer les « orifices du bonheur », des sacrifices propitiatoires sont recommandés, réalisés par un Babalao (devin).
Les interdits à observer
Pour préserver leur équilibre, les Gbé-mèdji doivent éviter : la consommation de viandes sacrées (Tititgouéti, éléphant, chien, léopard, coq) ; le vin de palme (Atan) et tout alcool ; le contact avec l’eau de mer (bains ou lavages), sous peine d’être emportés par les vagues ; l’anxiété, symbolisée par le chant « Jôxon mon non sin so é, ado dé wè non ya wéa » : « Quelle que soit la force du vent, il ne peut briser la forteresse de rochers. » Le Fâvi (adepte) doit ainsi cultiver une sérénité inébranlable. Des cérémonies dédiées aux divinités associées (Dan, Mamiwata, Tolègba, les Hoxo/Jumeaux, Sakpata, etc.) sont essentielles pour maintenir leur protection.
Interprétations contextuelles
Symplice Amagbégnon illustre la dualité de Gbé-mèdji à travers trois exemples. Cas d’une grossesse. Si ce signe apparaît lors d’une consultation pour une femme enceinte, il annonce un danger. Le message incantatoire « E non kè xô sô d’agbétawoyonu an… » (« On ne bâtit pas une charpente sur la mer ») prévient d’un risque de mortalité maternelle ou infantile. Des sacrifices préventifs sont impératifs pour sauver la mère et l’enfant. S’il s’agit d’un mariage, Gbé-mèdji promet des jours heureux pour un futur couple, mais aussi des tensions conjugales liées à une lutte de dominance. Des rituels apaisent les esprits conflictuels et consolident l’harmonie. S’agissant de la création d’une entreprise, Gbé-mèji signale des signes prometteurs aux débuts, mais des forces extérieures (concurrents malveillants, blocages) peuvent menacer sa pérennité. Des offrandes des trois gourdes sont effectuées pour fermer les « portes de la négativité ». En conclusion, Gbé-mèdji est un signe puissant à apprivoiser. Il est globalement bénéfique, mais sa puissance requiert vigilance et respect des rites. Comme le rappelle Symplice Amagbégnon : « Le Fâ est une science accessible, ni diablerie ni simple culte. Nos ancêtres y puisaient leur paix. Que ceux qui y croient s’y reconnectent.»
Zéphirin Toasségnitché









