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Interdits alimentaires : Entre héritage culturel et modernité.

Les interdits alimentaires, pratiques ancestrales profondément ancrées dans les traditions béninoises, continuent de susciter débats et interrogations. Refus de consommer certains aliments pour des raisons culturelles, religieuses ou spirituelles, ces tabous se transmettent de génération en génération et façonnent l’identité des familles.

À Abomey, le chef de famille Raphaël Koumasségbo rappelle que ces interdits trouvent leur origine dans des récits mythiques et des liens avec les ancêtres ou divinités protectrices. « Ce sont des choses qui existaient avant la naissance de nos parents et qui sont toujours en pratique. Nous devons observer et emboîter les pas de nos aïeux si nous voulons mieux vivre », explique-t-il. Dans la Commune de Ouèssè, Delphine Houéto témoigne que ses parents lui ont interdit la consommation du pique-bœuf, un oiseau blanc associé aux devins. À Adjohoun, dans la vallée de l’Ouémé, Didier Kpatinvo évoque la banane plantain, considérée comme un totem, notamment pour les femmes enceintes, par crainte de complications à l’accouchement. Cependant, ces interdits sont aujourd’hui remis en question. La modernisation et l’urbanisation entraînent une banalisation de ces pratiques. Beaucoup de jeunes, déracinés de leur famille ou influencés par les religions importées, ignorent ou rejettent ces tabous. Pour l’universitaire Émile Attakla, il faut distinguer les interdits spirituels des contraintes médicales. « Un diabétique qui consomme du sucre rapide ressentira un malaise. Ce type d’aliment doit être considéré comme interdit pour lui, mais cela n’a rien à voir avec une interdiction culturelle.» a-t-il nuancé. Le socio-anthropologue Simplice Amagbégnon souligne que la mondialisation nous expose à des aliments dont nous ne maîtrisons pas les composantes. Selon lui, la tradition reste claire : ces aliments ne doivent pas influencer les interdits ancestraux. Toutefois, en cas de force majeure, comme lors d’un séjour à l’étranger, il est possible d’y déroger, à condition de pratiquer ensuite des rituels de purification. Les interdits alimentaires représentent bien plus qu’une contrainte : ils sont un patrimoine culturel et spirituel. Ils rappellent l’importance des liens entre les vivants et les ancêtres, et participent à la cohésion des familles. Préserver ces traditions, tout en s’adaptant aux réalités modernes, apparaît comme un défi majeur pour les générations futures.

Zéphirin Toasségnitché

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