Le secteur de la formation professionnelle au Bénin est en pleine mutation. Dans une note circulaire, Mathias Amour Ahomadegbe, Directeur départemental des Enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle de l’Atlantique, a sifflé la fin des pratiques abusives qui gangrenaient l’organisation du Certificat de qualification aux métiers (Cqm).
Désormais, seuls les frais d’inscription officiels de 12 500 F CFA sont exigibles. Toute autre contribution imposée aux apprentis est déclarée illégale et expose ses auteurs à des sanctions disciplinaires. L’État prend en charge l’intégralité des matières d’œuvres nécessaires aux épreuves pratiques, garantissant ainsi l’égalité des chances entre candidats, quel que soit leur milieu social. Cette décision assainit les centres de formation et protège les apprentis contre l’extorsion. Mais elle ne résout pas le problème le plus lourd : la libération post-diplôme. Dans de nombreux ateliers, le diplôme est retenu par les maîtres artisans, qui imposent des cérémonies coûteuses pour « bénir » leurs apprentis. Entre fêtes obligatoires, tenues imposées et menaces de malédictions, les jeunes diplômés se retrouvent piégés dans une tradition qui vire parfois à l’exploitation. Au-delà des contraintes financières, la peur des représailles spirituelles pèse sur les apprentis. Dans l’imaginaire populaire, quitter son patron sans cérémonie revient à s’exposer à l’échec professionnel. Cette crainte, profondément ancrée, maintient les jeunes dans une dépendance qui fragilise leur autonomie économique. La lutte contre les frais illégaux du Cqm est une première victoire. Mais pour que la formation professionnelle devienne un véritable tremplin vers l’émancipation, il est urgent que les collectifs d’artisans et les autorités définissent des règles éthiques claires. La libération des apprentis doit cesser d’être un fardeau financier et psychologique, pour redevenir un rite de passage valorisant et accessible.
Pascal Toffodji










