À l’approche du 8 mars, journée internationale des droits de la femme, le Bénin vit une période de réflexion intense sur la place des femmes dans la vie publique. Dans les rues de Cotonou comme dans les Communes de l’intérieur, le sujet revient dans les conversations : la représentativité féminine est-elle réellement en marche ou reste-t-elle un chantier inachevé ?
Dans une salle de réunion animée, des femmes leaders, des étudiantes et des militantes échangent avec passion. Les témoignages fusent, parfois enthousiastes, parfois empreints de frustration. Le décor est celui d’un pays en mutation, où les réformes législatives ont ouvert des portes, mais où les obstacles demeurent. Depuis 2019, la loi réserve 24 sièges aux femmes sur 109 députés. Une avancée saluée, mais qui laisse un goût d’inachevé. « Ce n’est pas parce qu’il y a des sièges réservés que les autres sont devenus masculins », explique Ariane Adjolohoun, experte en genre et développement. Elle regrette que très peu de femmes soient positionnées sur les listes mixtes, comme si l’esprit de la loi se limitait à ces 24 sièges. Madame Charlotte, figure politique, prend la parole avec fermeté : « Tant qu’il reste à faire, rien n’est fait. Les réformes sont là, mais la réalité sur le terrain ne suit pas. » Elle pointe du doigt la stagnation au niveau communal : seulement 4 femmes maires sur 77 Communes, un chiffre inchangé depuis 2020. Jeannette Vodémè, épouse Ahangnitin, députée suppléante, insiste sur la nécessité pour les femmes de s’imposer davantage. Elle rappelle que seules quatre femmes ont réussi à conquérir un siège en dehors des quotas. « Aucun pouvoir ne se donne. Les femmes doivent comprendre qu’il faut aller chercher leur place », martèle-t-elle. Pour elle, l’éducation doit être réorientée vers la défense des droits des femmes, et les intellectuelles doivent s’ouvrir aux partis politiques et à leurs communautés pour bâtir une lutte collective.
Entre progrès et stagnation
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au Parlement 24 femmes ont été élues grâce aux quotas, mais peu de progression hors de ce cadre. Au niveau local, une sous-représentation persistante, avec seulement 4 femmes maires. Dans la société civile, une mobilisation croissante, mais freinée par les stéréotypes et les difficultés de positionnement. Pour certaines militantes, l’existence de l’Institut national de la femme est un signe encourageant. L’institution défend les droits des femmes et accompagne leur autonomisation. Mais toutes s’accordent qu’ « Il reste à faire. » Ce reportage met en lumière un paradoxe : le Bénin a franchi des étapes importantes, mais la route vers une représentativité équitable reste longue. Les voix féminines convergent vers une même exigence : créer des conditions encore plus favorables, tant sur le plan légal que social et économique, pour que la femme béninoise puisse pleinement jouer son rôle dans le développement du pays. Dans l’ambiance des préparatifs du 8 mars, entre débats passionnés et espoirs tenaces, une conviction s’impose : la promotion de la femme est en marche, mais le combat pour l’égalité réelle est loin d’être terminé.
Zéphirin Toasségnitché











