Entre désintérêt citoyen et défis politiques
La participation électorale au Bénin continue de susciter débats et inquiétudes. Malgré des élections techniquement bien organisées, les citoyens semblent de moins en moins investis dans le processus. Le scrutin couplé du 11 janvier 2026 en est une illustration frappante. Sur 7 834 608 électeurs inscrits, seuls 2 878 726 ont voté, soit un taux de participation de 36,74 %, avec 89 734 bulletins nuls.
Ce taux de participation révélé au cours des dernières élections générales n’est pas surprenant étant donné que la courbe était descendante depuis 30 ans. Les statistiques compilés de 1995 à 2026 retracent une tendance claire. Tenez ! En 1995 la participation record était de 76 %. En 2016, au second tour présidentiel, il était de 66 % de votants soit 3 138 000 sur 4 746 000 inscrits. En 2019, lors des législatives, l’on a assisté à un effondrement des chiffres qui sont passés à 27,12 %. En 2021, la présidentielle a affiché un taux de 50,63 %. En 2023 (législatives) ce taux a légèrement monté à 38,66 %. En 2026 le scrutin couplé a enregistré une nouvelle baisse qui est de 36,14 %. Ces statistiques confirment une désaffection progressive, loin des taux supérieurs à 50 % qui dominaient encore jusqu’en 2019. Analysant les tendances, Alain Adihou, ancien ministre et ex-membre du parti Fcbe, estime qu’il s’agit d’une véritable fatigue démocratique. « Depuis un certain temps, en moyenne, deux Béninois sur trois ne se déplacent pas. Cela traduit une fatigue démocratique », explique-t-il. Cette baisse traduit plutôt, selon Irénée Agossa, porte-parole de l’Up le renouveau, le désintérêt de l’opposition, et non un rejet des réformes. Pour lui, la victoire de la mouvance reste claire. Gabin Goubyi, journaliste pointe la démobilisation orchestrée par certains acteurs politiques et la manipulation de l’opinion. Laurent De-Laure Faton, expert en communication politiquesouligne, pour sa part, que les élections couplées ont dérouté de nombreux électeurs, notamment les illettrés, face à des consignes parfois ambiguës. Sacca Lafia, le président de la Commission électorale nationale (Céna) avance deux raisons principales pour justifier la baisse du taux de participation des électeurs. Il dénonce le caractère non obligatoire du vote au Bénin et l’inscription automatique de tous les citoyens de 18 ans et plus sur la liste électorale, qu’ils aient ou non l’intention de voter. Raison pour laquelle Distel Amoussou du Bloc républicain insiste sur la nécessité de mobiliser davantage les indécis et surtout les jeunes primo-votants. C’est ce qu’a d’ailleurs compris Jonas Aybatin Hantan, ministre conseiller à la culture en initiant une tournée nationale de sensibilisation à l’endroit de cette cible. Pour Alain Adihou, les arguments évoqués par le président de la Céna ne suffisent pas. Il estime que la mise en place d’une liste informatisée a pu créer de la confusion au niveau de certains citoyens ignorants qu’ils deviennent automatiquement électeurs à 18 ans. Toutefois, il insiste : « Le taux de participation et le taux de non-participation doivent faire l’objet d’études sérieuses, pas de justifications hâtives. » Il poursuit en indiquant que la vitalité démocratique ne se mesure pas uniquement aux textes et aux institutions, mais surtout à la participation citoyenne et à la confiance des électeurs envers leurs dirigeants. Or, depuis quelques années, un désamour s’est installé, accentuant la distance entre la population et ses représentants.
Entre légitimité et défi civique
Comme solution, Wilfried Léandre Houngbédji, porte-parole du gouvernement, propose le renforcement de l’enseignement civique pour rappeler que voter est un devoir citoyen. Si la légitimité des institutions n’est pas remise en cause, la distance croissante entre les citoyens et les urnes interroge. Pour certains, il s’agit d’un signal collectif qui interpelle les institutions, les partis, la société civile et les citoyens eux-mêmes. La solution passerait par : une meilleure sensibilisation civique, une communication politique plus claire et des actions durables pour rapprocher les jeunes et les électeurs indécis des enjeux politiques. Les différentes interventions prouvent à suffisance que le Bénin fait face à un paradoxe : des élections techniquement maîtrisées mais de moins en moins investies par les citoyens. Le défi est désormais de redonner du sens à l’acte de voter, afin que la participation électorale retrouve des niveaux compatibles avec une démocratie vivante.
Les différents mouvement et partis politiques s’y emploient sur le terrain
Les partis politiques, qu’ils soient de la mouvance et de l’opposition sont conscients de la réalité. Et pour cause. En marge de la pré-campagne, le taux de participation record est leur leitmotiv. Ils fredonnent ce refrain à presque toutes les rencontre de mobilisation citoyenne. Les coordinations de campagne du duo Wadagni-Talata sont d’ailleurs investies de cette mission. « L’objectif affiché est clair : dépasser le taux de participation déjà élevé de 56 % enregistré lors des élections du 11 janvier dernier. » a rappelé Bonaventure Aké Natondé, lors de la cérémonie d’installation de la coordination de la 24è circonscription électorale à Covê. « La dernière fois, nous étions proches des 50 %. Cette fois-ci, nous voulons atteindre 60 à 70 %. » a-t-il recommandé, Luc Sètondji Atrokpo, membre de la direction nationale de campagne du duo de la mouvance présidentielle. Connaissant l’enjeu, Auguste Aïhunhin, coordonnateur de la 24ᵉ circonscription s’engage totalement pour relever le défi. « Nous ferons tout pour que la 24ᵉ soit encore première au plan national en termes de participation. », a-t-il promis. Au niveau de la 23ᵉ, c’est la même motivation. « Nous voulons gagner, mais nous voulons très bien gagner », a martelé le coordonnateur Gildas Agonkan, soulignant que l’enjeu dépasse la victoire. « Il s’agit de donner une légitimité forte à notre candidat. » Pour y parvenir, ils misent sur la stratégie de proximité.
Zéphirin Toasségnitché











