Face au manque criard de reconnaissance des professionnels des médias, DCC Communication a créé il y a cinq ans un prix devenu incontournable. D’abord béninois, ce concours dénommé Prix indépendance médiatique rayonne désormais sur toute l’Afrique de l’Ouest, fédérant journalistes, politiques et partenaires autour d’une ambition commune : élever les standards de la presse. Retour sur une prouesse portée par la vision de son promoteur, Wilfried Fadonougbo, et incarnée par les lauréats qui en sont les meilleurs ambassadeurs.
Le concours « Prix indépendance médiatique » révolutionne le paysage médiatique africain en général et béninois en particulier. Il y a cinq ans, naissait au Bénin le Prix indépendance médiatique, né d’un constat simple mais brutal : l’absence de mécanisme pour évaluer, récompenser et donc faire grandir la production journalistique. Trois éditions nationales plus tard, l’engouement était tel que le pari de l’internationalisation a été lancé. En 2024, pour sa troisième édition, le concours a ouvert ses portes à plusieurs pays de la sous-région ouest-africaine, transformant une compétition nationale en un véritable forum panafricain de l’excellence journalistique. Le Prix indépendance médiatique a rapidement dépassé le cadre d’une simple remise de récompenses. Il s’est érigé en plateforme stratégique, un « trait d’union » entre trois mondes qui se côtoient plus qu’ils ne collaborent : les professionnels des médias, les décideurs politiques et les partenaires économiques. Cette triangulation est au cœur de son succès. Elle offre aux journalistes une visibilité inédite, aux politiques, un regard sur les préoccupations médiatisées, et aux entreprises un cadre valorisant pour leur engagement sociétal. Au-delà des prix attractifs et des attestations de mérite, ce qui distingue ce prix, c’est son impact systémique. En identifiant et en mettant en lumière les meilleures productions (investigation, reportage, interview, éditorial…), il dresse un baromètre de la qualité et encourage une saine émulation. Il contribue à professionnaliser le secteur en montrant l’exemple.
La parole aux lauréats
Le véritable succès de l’initiative se mesure à l’impact qu’elle a sur les carrières et les pratiques. Plusieurs journalistes primés lors de la cinquième édition en témoignent.
Brunelle Tchobo de »La Nouvelle Tribune » (Bénin) lauréate du prix de la presse écrite « Je suis très honorée d’avoir reçu le premier prix dans la catégorie presse écrite. Ce prix a une valeur particulière pour moi, car il m’a été remis par le directeur de l’Enstic, l’école où j’ai étudié. Je tiens à remercier chaleureusement les organisateurs ainsi que les membres du jury pour le travail accompli, et je souhaite longue vie à cette belle initiative. »
Arthur Houindo de la radio « Diaspora FM » sacré »meilleure production de la radio » : « Je suis très heureux d’avoir remporté ce prix dans la catégorie radio. Je remercie sincèrement les organisateurs de ce concours, DCC Communication et Prime News Monde, pour cette belle initiative. Je dédie ce prix à ma famille biologique, à ma famille professionnelle ainsi qu’à mes confrères de la rédaction de Diaspora FM et Eden TV. Merci à tous ceux qui me soutiennent et apprécient mon travail. Le meilleur reste à venir. »
Achiraf Ali de GMAT Web Télévision (Togo) gagnant de la catégorie « Télévision classique et Web Tv » en 2025, souligne l’aspect réseau : « Le concours Prix indépendance médiatique, cinquième édition, organisé par Dcc Communication, est véritablement révélateur. Les journalistes et les professionnels des médias accomplissent chaque jour un travail immense pour la société : informer les populations sur les questions d’actualité, éclairer les débats, susciter la réflexion. Pourtant, ils sont rarement honorés ou promus. Ce prix vient mettre en lumière leur engagement et leur rôle essentiel. Je tiens à saluer le promoteur, les initiateurs ainsi que tous les partenaires impliqués dans la réussite de cet événement.» Des icônes des médias béninois ont également été honorées pour leur contribution à la presse. On peut citer Gérard Migan et René Bèwa de la Srtb puis Franck Kpotchémè, promoteur d’organe de presse et ancien conseiller à la Haac. Au total, les vainqueurs de chaque catégorie ont reçu notamment $500 dollars, un trophée, une médaille et un ordinateur portable, des documents didactiques, des bourses de formation etc.
Wilfried Fadonougbo, l’homme derrière l’ambition
Si le Prix indépendance médiatique a « réussi à mettre le Bénin sur orbite » dans l’espace médiatique continental, cette initiative d’envergure est l’œuvre d’une vision : celle de son promoteur, Wilfried Fadonougbo. Président directeur général (Pdg) de DCC Communication, il a perçu très tôt le déficit de valorisation comme un frein majeur au développement d’une presse béninoise libre, forte et crédible. Sa démarche va au-delà du mécénat d’entreprise ; il s’agit d’un investissement dans l’écosystème de l’information, considéré comme un pilier du développement. « Notre ambition n’était pas de créer un énième événement mondain, » explique-t-il souvent. « Nous voulions construire un instrument concret de promotion de la qualité, de stimulation des talents et de création de synergies fortes entre tous les acteurs de la vie publique. Voir des journalistes de toute la sous-région concourir aujourd’hui est la plus belle validation. »
La crème des crèmes de jurés à la taille du concours
Ce concours a connu des figures marquantes et incontestées du paysage médiatique africain. Si au Bénin des icônes comme Georges AMLON journaliste émérite et ancien Directeur de l’ORTB aujourd’hui SRTB, François AWOUDO journaliste émérite, ancien président de l’Observatoire de la Déontologie et de l’Éthique dans les Médias (ODEM) et actuel Secrétaire Général de la HAAC, Jemima CATRAYÉ journaliste émérite et ancienne Directrice de l’ORTB aujourd’hui SRTB et actuelle Directrice de Bénin TV Alafia, Kokouvi Eklou Rédacteur en Chef du quotidien de service public La Nation, et à l’international Carole KPETO (Togo ) ancienne journaliste et présentatrice TV (TVT au Togo) et actuelle Directrice du Centre National de Formation et de Recyclage en Communication à Lomé ; M’ma Camara (Côte d’Ivoire) Coordinatrice et correspondante régionale pour France 24 / Pool Afrique et surtout Présidente de l’organisations de presse APECI (Association de la Presse Étrangère en Côte d’Ivoire) Caroline King (France), journaliste à FRANCE 24 et RFI et enfin un baobab du monde de la presse en Afrique francophone, Mamadou Ndiaye : enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication, Directeur du CESTI (Centre d’études des sciences et techniques de l’information) à Dakar.
En perspective, l’Afrique en ligne de mire
Après cinq éditions, le cap est clair : l’expansion. Le modèle béninois, éprouvé et plébiscité, sert désormais de matrice pour une ambition continentale. L’objectif est de faire du Prix indépendance médiatique un label de référence de l’excellence journalistique en Afrique francophone, puis au-delà. Le défi sera de maintenir la rigueur du processus de sélection, l’indépendance des jurys et la dimension inclusive tout en gagnant en envergure. Mais la fondation est solide. En cinq ans, ce concours a démontré qu’en valorisant les professionnels des médias, l’Afrique pouvait se doter d’un quatrième pouvoir plus robuste, plus respecté et essentiel à son dialogue démocratique. Il est devenu bien plus qu’un concours : une institution en devenir et une fierté béninoise exportée.
Zéphirin Toasségnitché