Sur les grands axes du département du Zou, notamment à Bohicon, Abomey ou Za-Kpota, la scène est devenue familière. Des enfants, parfois à peine âgés de dix ans, slaloment entre les véhicules pour vendre de l’eau, des arachides ou des sachets de bouillie. Une pratique appelée vente à la sauvette, illégale mais tolérée, qui expose ces mineurs à des risques graves et révèle une crise silencieuse de responsabilité parentale.
Sous le soleil brûlant ou dans la poussière des carrefours ou sur les dos-d’âne ces enfants travaillent sans protection ni encadrement. Pour Son Altesse Akpohozougbé Kinhovi, cette situation découle d’un manque criard de repèresfamiliaux. « Quand vous voyez ces enfants à la sauvette, demandez-vous : où est le père ? Où est la mère ? », s’interroge-t-il. Selon lui, beaucoup de parents ont abandonné leur rôle éducatif, laissant leurs enfants livrés à eux-mêmes dans la quête de survie. Il évoque des familles éclatées, des mères contraintes de vendre dans les marchés ou aux feux tricolores, pendant que les pères, souvent absents, ne jouent plus leur rôle de guide. « C’est nous, parents, qui avons rejeté nos responsabilités », martèle-t-il. La vente à la sauvette est formellement interdite par la loi béninoise. Ces enfants, non déclarés et sans autorisation, s’exposent à des accidents de la route, à des abus et à une déscolarisation précoce. Les forces de l’ordre peinent à endiguer le phénomène, car derrière chaque enfant vendeur se cache une famille en détresse économique. Les autorités locales rappellent pourtant que les parents ou tuteurs peuvent être poursuivis pour exploitation de mineurs.
Entre pauvreté et indifférence
Dans les marchés de Houndjro ou de Bohicon, la pauvreté pousse les familles à faire travailler leurs enfants. Certains dorment sous les hangars, d’autres vivent dans des conditions précaires. Pour Akpohozougbé Kinhovi, cette réalité traduit une fracture sociale profonde. « Le voleur peut voler tous les coqs et toutes les poules, sauf ceux qui dorment sur les grands arbres », dit-il, métaphoriquement, pour souligner que seuls les enfants protégés par une éducation solide échappent à la dérive. La lutte contre la vente à la sauvette ne peut se limiter à la répression. Elle exige une mobilisation communautaire : sensibiliser les parents, renforcer la scolarisation, et offrir des alternatives économiques aux familles vulnérables. Les autorités locales, les Ong et les leaders communautaires doivent unir leurs efforts pour sauver ces enfants de la rue, car derrière chaque petit vendeur se cache une histoire de pauvreté, de désespoir et d’abandon. La vente à la sauvette dans le Zou n’est pas qu’un problème économique. C’est un drame humain. Ces enfants, exposés aux dangers de la route et à la perte de leur innocence, rappellent l’urgence d’une prise de conscience collective. Protéger l’enfance, c’est protéger l’avenir du pays. Et cet avenir ne doit pas se négocier au bord des voies publiques.
Zéphirin Toasségnitché











