Transparency international vient de publier son rapport 2025 sur l’indice de perception de la corruption dans le monde. Le Bénin y figure en 8ᵉ position en Afrique et 70ᵉ au niveau mondial, avec un score de 45/100. Dans une interview accordée à un média de la place, Jean-Baptiste Elias a fait une analyse globale de la performance de notre pays et proposé d’autres astuces pour l’améliorer les fois à venir.
Jean-Baptiste Elias, bonjour ! Quelle appréciation faites-vous de la performance du Bénin au sein de ce classement Transparency international ?
Merci beaucoup. En matière de gouvernance et de lutte contre la corruption, le résultat est tombé : le Bénin a obtenu 45 points sur 100, exactement comme en 2024. Cela signifie que le pays est resté stationnaire. Certes, être 8ᵉ sur 54 pays africains peut sembler une bonne performance, mais il ne faut pas se contenter du classement. L’essentiel est d’atteindre la moyenne, soit 50/100. Avec 45, le Bénin n’a pas la moyenne. Un bon élève ne se compare pas au dernier de la classe, mais cherche à rejoindre les meilleurs. Nous devons donc encourager les autorités et les citoyens à redoubler d’efforts pour progresser.
Certains estiment pourtant que les progrès réalisés ces dernières années témoignent d’un assainissement des finances publiques…
Non, il n’y a pas eu de progrès puisque nous stagnons. En 2012, le Bénin avait 36 points. En 2015, 37 points. En 2017, 39 points. En 2019, 41 points. En 2022, 43 points. En 2024, 45 points. Et en 2025, encore 45 points. En quatorze ans, nous n’avons gagné que 9 points, soit moins d’un point par an. C’est insuffisant.
Comment corriger le tir ?
Il faut respecter les règles de gouvernance et appliquer les recommandations internationales. Par exemple, le FMI, dans son rapport de février 2023, a demandé que la déclaration de patrimoine soit élargie au conjoint et aux enfants mineurs des assujettis, et qu’elle soit rendue publique. Or, à ce jour, aucune déclaration n’a été publiée. De plus, la loi de 2011 qui créait l’Autorité nationale de lutte contre la corruption a été abrogée en 2020, remplacée par le Haut-Commissariat à la prévention de la corruption. Depuis, plus personne ne sait qui a déclaré son patrimoine ou non. Le protocole de la CEDEAO du 21 décembre 2001 exige également la publication des déclarations de patrimoine. Le Bénin ne l’a pas respecté. Enfin, le FMI recommande de faciliter la saisine de la Haute Cour de justice par les citoyens, comme c’est le cas pour la Cour constitutionnelle. Rien n’a été fait.
Qui doit déclarer son patrimoine ?
Tous ceux nommés en Conseil des ministres : le président de la République, les ministres, les présidents et membres des institutions constitutionnelles, les directeurs généraux, les maires, les préfets et leurs collaborateurs immédiats. Les députés nouvellement élus doivent déclarer leur patrimoine dans les trois mois suivant leur entrée en fonction. Ceux qui quittent leur poste doivent également faire une déclaration de sortie dans les trois mois. Le non-respect de cette obligation constitue une violation de la loi. Sur le continent, seuls quatre pays dépassent la moyenne de 50 points : les Seychelles, le Cap-Vert, le Botswana et le Rwanda. L’Afrique reste la région la moins performante à l’échelle mondiale.
Comment expliquez-vous que certains pays africains obtiennent de meilleures notes que le Bénin ? Que faut-il faire pour changer la donne ?
C’est très simple. Regardez les Seychelles avec 68 points sur 100, le Cap-Vert avec 62 points, le Botswana et le Rwanda avec chacun 58 points. Tous ces pays ont atteint la moyenne. Pourquoi ? Parce qu’ils ont respecté la loi, suivi les procédures et appliqué les conventions et protocoles qu’ils ont signés.
Le Cap-Vert, qui est dans notre région, a obtenu 62 points. Nous, avec 45 points, sommes distancés de 23 points par le Botswana. C’est énorme. Il faut donc s’inspirer de ces pays, comprendre leurs pratiques et les appliquer. J’ai eu l’occasion de parcourir les 54 pays africains en tant qu’ancien président du Conseil de l’Union africaine. Je peux vous assurer qu’il n’y a pas de miracle : il suffit de respecter les règles, sanctionner les fautes, rendre publiques les sanctions et évaluer régulièrement les progrès.
Quelles sont les conséquences de la corruption sur le développement d’un pays ?
La corruption ruine et parfois tue. Prenons un exemple concret : dans un pays africain, un étudiant a été favorisé par son père influent et par un doyen de faculté qui, en échange de pots-de-vin, lui a attribué de bonnes notes jusqu’à ce qu’il devienne médecin. Mais ce médecin n’était pas qualifié. Un jour, ironie du sort, le doyen lui-même est tombé malade et a refusé d’être pris en charge par ce médecin qu’il avait « fabriqué », conscient du danger. Cela montre que la corruption peut mettre en danger des vies humaines.
Au-delà de ce cas, la corruption détourne des fonds publics vers des poches privées. Cet argent aurait pu servir à construire des routes, des hôpitaux, des écoles, ou à équiper les services publics. Elle freine aussi l’investissement, car les investisseurs évitent les pays où la corruption est endémique. En résumé, la corruption : fragilise les institutions, détourne les ressources publiques, décourage les investisseurs, met en péril la vie des citoyens. Voilà pourquoi il est urgent de renforcer la transparence, de respecter les engagements internationaux et de sanctionner les pratiques corruptives.
En conclusion, la publication du rapport 2025 de Transparency International rappelle que le Bénin doit intensifier ses efforts. Comme le dit Jean-Baptiste Elias, « il n’y a pas de fatalité en matière de lutte contre la corruption ». Les pays qui réussissent montrent que c’est possible, à condition de volonté politique, de rigueur et de transparence.
Transcription Zéphirin Toasségnitché











