Depuis quelques jours, les populations béninoises constatent une hausse sensible du prix de l’essence frelatée, communément appelée kpayo. Cette augmentation, observée en mars 2026, serait l’un des premiers effets locaux de la guerre au Moyen-Orient opposant les États-Unis et Israël à l’Iran.
À Abomey-Calavi, sur le tronçon reliant Érévan au centre de formation des personnes handicapées d’Akassato, l’on a assisté à une scène révélatrice : un conducteur de taxi-moto, croyant acheter son litre d’essence à 600 F Cfa, découvre que le prix réel est de 700 F Cfa. N’ayant que 675 F Cfa en poche, il demande au vendeur de retirer le carburant déjà versé dans son réservoir. À Abomey-Calavi, le litre de kpayo varie entre 650 et 700 F Cfa selon les quartiers. À Porto-Novo, Sèmè-Kpodji et Adjarra, il est vendu autour de 650 F Cfa. À Ouidah, Savalou et Sèkandji, le prix atteint 700 F Cfa. À Bohicon et à Parakou, il grimpe jusqu’à 800 F Cfa. Dans les stations-service formelles, les prix restent pour l’instant stables : 695 F Cfa pour l’essence et 720 F Cfa pour le gasoil. Face à cette flambée, les conducteurs de taxi-moto réorganisent leurs stratégies. Justin, rencontré devant l’hôpital de zone Abomey-Calavi/Sô-Ava, explique : « Avec cette augmentation, on ne peut plus se permettre de trop rouler à vide. Je préfère attendre les clients dans des zones stratégiques comme l’hôpital, plutôt que de circuler inutilement. »
Une hausse liée aux fluctuations internationales
Pour l’économiste Rustico Rodrigue, cette situation s’explique par la hausse du prix du baril sur le marché mondial. Le Brent est repassé à 100 dollars (près de 57 000 F Cfa) le 12 mars 2026, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et les menaces iraniennes de bloquer le détroit d’Ormuz. « L’essence est un produit de première nécessité. Dès que le prix du baril augmente à l’international, il est normal que nous en subissions les conséquences localement », analyse-t-il. Selon l’économiste, la hausse du prix du kpayo n’entraîne pas automatiquement une augmentation à la pompe. Les produits pétroliers vendus dans les stations sont subventionnés par l’État, ce qui permet de maintenir pour l’instant des prix stables. Toutefois, si la marge de manœuvre budgétaire venait à être dépassée, une révision des prix à la pompe pourrait intervenir dans les prochains mois. La flambée du prix du kpayoillustre la vulnérabilité du marché informel face aux chocs internationaux. Si l’État parvient à contenir les prix dans les stations grâce aux subventions, la pression reste forte sur les ménages et les zémidjans, qui doivent adapter leurs pratiques pour absorber le coût. À long terme, la persistance de la crise au Moyen-Orient pourrait accentuer les tensions sur l’économie béninoise.
Pascal Toffodji











