La Guinée vient de perdre l’un de ses personnages les plus controversés mais aussi les plus marquants de son histoire récente. Le commandant Aboubacar Sidiki Diakité, dit Toumba, est décédé dans la nuit du mardi 25 au mercredi 26 mars 2026 à l’hôpital militaire du camp Samory Touré de Conakry. Âgé de 58 ans, il a succombé à une hernie de la ligne blanche étranglée, compliquée d’une péritonite aiguë généralisée. Sa vie s’est achevée derrière les barreaux, dans une solitude que même sa famille n’a pu rompre.
Toumba restera dans la mémoire collective comme celui qui, au procès des massacres du 28 septembre 2009, a choisi la vérité là où d’autres ont préféré le silence. Sa franchise rare a permis au tribunal de démêler les responsabilités dans l’un des épisodes les plus sombres de la Guinée contemporaine. Le juge lui-même avait reconnu sa bonne foi : pendant que les puissants se taisaient ou manipulaient, Toumba parlait. Il avait osé affronter le capitaine Dadis Camara, allant jusqu’à lui tirer dessus lorsque ce dernier voulait lui faire porter seul le poids des massacres. Il avait aussi aidé des opposants à fuir, geste qui lui valut le respect d’une partie de l’opinion publique. Pour de nombreux Guinéens ayant suivi le procès, sa condamnation fut perçue comme une injustice, frappant celui qui avait eu le courage de briser l’omerta. Sa mort en détention apparaît dès lors comme un cruel épilogue, renforçant l’image d’un homme jugé sévèrement par les institutions mais retenu autrement par le peuple. Jusqu’au dernier jour, sa famille réclamait une preuve de vie. Elle n’a reçu en retour que l’annonce de son décès. Toumba Diakité laisse derrière lui une mémoire complexe : celle d’un militaire au destin tragique, mais aussi celle d’un homme qui, dans un moment décisif, a choisi de dire ce que beaucoup taisaient.
Paix à ton âme, commandant !
Pascal Toffodji











