Sept ans après la disparition de Tohon Stan, le roi du Tchink System, une question brûle les esprits : que devient ce rythme emblématique du Bénin ? Entre hommage, inquiétude et volonté de transmission, le Tchink System se trouve à la croisée des chemins.
De son vrai nom Roger Stanislas Mohamed Ibitoche, né en 1955 à Abomey, Tohon Stan fut auteur, compositeur, producteur, arrangeur, percussionniste et chanteur. Visionnaire, il a modernisé le Tchinkoumin, rythme sacré des collines, en le fusionnant avec des sonorités modernes comme le funk de James Brown. Ainsi naquit le Tchink System, une orchestration mêlant guitares, cuivres et percussions traditionnelles. Une révolution musicale qui a hissé ce rythme au rang de patrimoine national. Aujourd’hui, certains artistes dénoncent le risque de disparition du Tchink System. Fafa Djinesto, neveu de Tohon Stan et figure de Parakou, tire la sonnette d’alarme : « Le Béninois veut copier ce qui vient d’ailleurs, alors que le Tchink est notre identité. Sans ses instruments – calebasses, gong, castagnettes – ce n’est plus du Tchink. » Pour lui, trop d’artistes dénaturent le genre, oubliant son authenticité et sa valeur. Malgré les inquiétudes, des passionnés comme Fafa Djinesto s’engagent à perpétuer l’œuvre du maître. Ses albums intègrent systématiquement plusieurs morceaux de Tchink System, et il explore des fusions audacieuses : Tchink & Soyoyo ; Tchink & Reggae (Reggae Djogba) ; Tchink & Tèkè (Tchink-Tèk). Ces créations visent à garder le Tchink vivant, tout en l’adaptant aux goûts contemporains. Le Tchink System est plus qu’un rythme : c’est une mémoire collective, une identité culturelle béninoise reconnue jusque dans le dictionnaire français. Sa survie dépend de la volonté des artistes et du public à le défendre face à la mondialisation musicale. Tohon Stan a ouvert la voie. À la nouvelle génération de prouver que son héritage ne s’éteindra pas.
C.Z










