Le décret n°2026-119, promulgué le 11 mars 2026, marque un tournant majeur pour les géomètres-experts au Bénin. Désormais considérée comme une profession d’« intérêt public », leur activité sort du champ commercial et se voit reconnue comme une véritable œuvre de l’esprit. L’article 4 du décret est sans équivoque : les géomètres-experts n’exercent plus une activité commerciale. Leur travail, qu’il s’agisse de cartographie, de nivellement ou de gestion foncière, est désormais assimilé à une mission de service public. Cette décision les libère de l’obligation d’inscription au Registre du commerce et du crédit mobilier. Le texte confère aux géomètres-experts un champ d’action plus vaste tels que : les travaux cadastraux et cartographiques, la conception de systèmes d’information géographique, la gestion d’opérations foncières complexes et l’évaluation de biens pour ventes ou successions. Toute personne souhaitant réaliser des travaux dans ces domaines devra obligatoirement recourir à un géomètre-expert qualifié. Devenir géomètre-expert requiert désormais un diplôme d’ingénieur (géomatique, sciences foncières…) obtenu après cinq années d’études supérieures, suivi d’un stage professionnel de 24 mois. Cette durée peut être réduite à 12 mois pour les fonctionnaires ou les professionnels expérimentés à l’étranger. La profession est désormais régie par l’Ordre national des géomètres-experts du Bénin, placé sous la tutelle du ministère du Cadre de vie. Un Conseil national de huit membres élus pour deux ans assure la gouvernance. Trois conseils régionaux (Sud, Centre, Nord) mettent en œuvre les orientations sur le terrain. Un Tableau de l’Ordre, publié chaque année dans un journal d’annonces légales, recense les professionnels habilités. L’usage du titre de géomètre-expert est strictement réservé aux inscrits sur cette liste officielle. Avec ce décret, le Bénin consacre les géomètres-experts comme des acteurs clés de l’aménagement du territoire et de la gestion foncière. Leur statut d’« intérêt public » renforce la crédibilité de la profession et garantit une meilleure protection des citoyens dans les opérations liées au foncier. C.Z
Commune de Bantè : Le théâtre-forum, miroir du vivre-ensemble.
À Bantè, au cœur du département des Collines, une scène à ciel ouvert s’est transformée en tribune citoyenne. Organisé par l’ONG Filles en Actions dans le cadre du projet SAWARA, le théâtre-forum sur la paix et la cohésion sociale a rassemblé habitants, leaders communautaires et jeunes autour d’un objectif commun : apprendre à vivre ensemble, sans violence ni désinformation. À travers une mise en scène immersive, inspirée du quotidien des populations, un groupe d’actrices et d’acteurs a exposé les réalités locales : désinformation, tensions sociales, violences politiques basées sur le genre et marginalisation des femmes dans les espaces décisionnels. Cette représentation, directe et sans détour, a provoqué une prise de conscience collective. Les spectateurs ont observé les mécanismes de propagation des fausses informations et mesuré leurs effets dévastateurs sur la cohésion sociale. L’approche artistique, participative et émotionnelle a permis une assimilation des messages bien au-delà de ce qu’un discours classique aurait pu susciter. Le théâtre-forum de Bantè s’est imposé comme un espace sécurisé d’expression citoyenne. Le public, composé de leaders communautaires, jeunes élèves, parents, conducteurs de taxi-motos, femmes engagées et acteurs de la société civile, a été activement impliqué. Invités à prendre la parole, partager leurs expériences et proposer des solutions, les participants ont transformé la performance théâtrale en un moment de réflexion collective et d’engagement citoyen. L’un des faits marquants a été la forte implication des femmes et des jeunes filles. Par leurs interventions, leurs propositions et leur présence sur scène, elles ont démontré leur capacité à jouer un rôle central dans la médiation sociale et la prévention des conflits. Sensibilisées à la vérification des sources, à la lutte contre les rumeurs et à la promotion du dialogue apaisé, elles ont incarné une citoyenneté active et responsable, essentielle à la consolidation de la paix. Au-delà des échanges, l’activité a été ponctuée de moments de convivialité, de chants et de danses valorisant les expressions culturelles locales. Le théâtre-forum de Bantè a ouvert la voie à une citoyenneté plus inclusive et engagée, où chaque voix compte. Le projet SAWARA, qui signifie « cohésion sociale » ou « cheminer ensemble » dans huit langues locales dont le Dendi et le Bariba, ambitionne de faire émerger une génération de jeunes citoyennes et citoyens conscients, capables de participer activement aux processus démocratiques et de porter des actions de transformation sociale. À Bantè, la cité de pacte, cette ambition a pris vie. Et elle continuera de s’écrire, avec et pour les communautés. C.Z
Vol d’un compteur d’eau dans la Commune de Bopa : Une école primaire plongée dans la pénurie.
Dans la Commune de Bopa, département du Mono, les actes de vandalisme ciblant les compteurs d’eau n’épargnent plus les établissements scolaires. Une école primaire de la localité en est récemment victime. Depuis quelques jours, les élèves de cet établissement, situé dans l’arrondissement de Bopa, sont confrontés à une grave pénurie d’eau. La situation résulte d’un cambriolage perpétré par des individus non identifiés. Profitant des congés de Pâques, ils se sont introduits dans l’enceinte de l’école et ont emporté le compteur d’eau, démontrant une certaine connaissance des installations. Le vol, survenu plusieurs jours plus tôt, n’a été découvert qu’à la reprise des cours, le jeudi 16 avril 2026. Depuis, les apprenants subissent les désagréments liés au manque d’eau, une difficulté qu’ils pensaient pourtant révolue. Selon nos sources, les responsables de l’école ont saisi le commissariat central de l’arrondissement de Bopa afin qu’une enquête soit ouverte. Ce cambriolage intervient dans un contexte particulier. Le fondateur de l’établissement a récemment annoncé son intention de délocaliser l’école vers une autre ville du Bénin à la prochaine rentrée scolaire. Pascal Toffodji Bénin : Amnesty International alerte sur une année 2025 sous haute tension Le rapport 2026 d’Amnesty International dresse un constat sévère : au Bénin, l’année 2025 a été marquée par une pression accrue sur les droits humains. Liberté d’expression bridée, manifestations réprimées, journalistes poursuivis, insécurité au nord et crise humanitaire persistante : autant de signaux d’alerte sur l’état des libertés fondamentales. Présenté à Cotonou le 21 avril par Dieudonné Dagbéto, directeur exécutif d’Amnesty International Bénin, le document souligne une tendance inquiétante : « Les droits à la liberté d’expression […] ont cette année encore fait l’objet de restrictions », a-t-il déclaré. Médias et voix critiques sous surveillance Suspensions de journaux, arrestations de journalistes, poursuites judiciaires : la presse a payé un lourd tribut. Le Patriote, Bénin Web TV, La Boussole ou encore L’Événement précis ont été ciblés. Plusieurs journalistes, dont Julien Kandé Kansou et Comlan Hugues Sossoukpè, ont été arrêtés et inculpés pour des chefs allant de « fausses nouvelles » à « apologie du terrorisme ». Amnesty pointe l’usage récurrent du Code du numérique pour museler les voix critiques. Liberté de réunion entravée Les manifestations du parti d’opposition Les Démocrates ont été interdites ou dispersées, parfois violemment. L’organisation dénonce une restriction persistante du droit de manifester, dans un climat politique tendu. Nord du pays : insécurité et drame humanitaire La situation sécuritaire s’est aggravée. Les attaques de groupes armés ont coûté la vie à au moins 82 soldats en 2025. Conséquence : plus de 27 000 personnes déplacées, soit une hausse de 118 % par rapport à 2024, vivant dans des conditions précaires, privées d’accès à l’eau, à la santé et au logement. Migrants et réfugiés : protection insuffisante Le Comité des Nations unies pour les travailleurs migrants a relevé des lacunes dans la législation béninoise. Le HCR estime à plus de 30 000 le nombre de réfugiés et demandeurs d’asile, majoritairement des femmes, confrontés à des services essentiels insuffisants. Détention et expulsions forcées La surpopulation carcérale et le recours massif à la détention provisoire, notamment dans le cadre antiterroriste, figurent parmi les préoccupations majeures. Amnesty cite aussi les expulsions forcées, comme à Fiyégnon 1 à Cotonou, où plus de 3 000 personnes attendent toujours une indemnisation. Un signal d’alarme pour 2026 Entre restrictions des libertés, violences armées et fragilités sociales, Amnesty International décrit un pays sous tension, où les droits humains restent fragiles. Le rapport appelle à des réformes urgentes pour garantir la liberté d’expression, protéger les populations vulnérables et renforcer l’État de droit. La Rédaction
Apparition des algues le long du littoral : Les riverains entre curiosité et inquiétude.
Depuis quelques semaines, le littoral béninois, notamment la Corniche du 4ᵉ arrondissement de Cotonou, est envahi par des masses brunes de sargasses. Ce phénomène, déjà observé ailleurs dans l’Atlantique, intrigue les riverains et interpelle les spécialistes, qui pointent du doigt les effets du changement climatique. Un phénomène cyclique refait surface sur les plages du littoral : les algues brunes appelées sargasses. Si elles sont inoffensives, leur présence soulève des inquiétudes esthétiques et environnementales. Enoch Gbédji, sportif habitué des plages, témoigne : « Je suis venu ici ce matin, j’ai trouvé les choses au bord de la mer. Avant ce n’était pas comme cela. » La plage, autrefois lieu d’entraînement et de détente, est désormais recouverte d’algues qui s’échouent en continu. Selon Christian Adjé, chercheur océanologue, les sargasses, ou algues brunes, apparaissent généralement à partir du mois de mai et disparaissent vers la fin de l’année. Leur prolifération est liée aux changements climatiques, plus qu’à la pollution. Elles proviennent principalement de l’Atlantique Nord, où elles se développent massivement. Le chercheur souligne que ces algues pourraient être valorisées, notamment dans la fabrication d’aliments locaux pour l’élevage de poissons. Bien qu’inoffensives, les sargasses posent un problème esthétique et nuisent à l’attractivité des plages. Heureusement, elles sont régulièrement dégagées par les services d’entretien. C.Z
Un éclairage public moderne à Malanville : La sécurité et attractivité de la ville améliorée.
Longtemps plongée dans l’obscurité, la ville de Malanville bénéficie désormais d’un éclairage public moderne. Les nouveaux lampadaires solaires installés sur la route nationale inter-États n°2 redonnent le sourire aux usagers et aux habitants, tout en améliorant la sécurité et l’attractivité de la Commune. De l’obscurité hier à la lumière aujourd’hui, les habitants de Tassi-Tédji et les usagers de la Rnie2 expriment leur joie à la suite de la mise en service de l’éclairage public dans la ville de transit du septentrion. « Vraiment, je suis tellement content, la ville a changé. On a trouvé les nouveaux lampadaires à Malanville. Ça nous va vraiment de tout cœur. » Pour une ville de transit et de transport comme Malanville, l’éclairage public est une avancée majeure. Officiellement lancés le 1er avril dernier par le maire Kassimou Labo Goumbi la première phase les travaux sont achevés pour permettre le démarrage de la seconde phase dans les tous prochains jours. Selon l’autorité communale, une ville éclairée est non seulement plus attrayante, mais aussi plus sécurisée. L’éclairage public favorise également la facilitation de la circulation nocturne, la réduction des accidents de nuit, l’amélioration de la visibilité et de la clarté sur la voie puis la valorisation de l’image de la ville. Le maire appelle cependant les populations à éviter tout acte de vandalisme sur ces nouvelles infrastructures. Avec ce projet, Malanville franchit une nouvelle étape dans son développement urbain. La Commune offre désormais un cadre de vie plus sûr et plus agréable, renforçant son rôle de carrefour stratégique dans le nord du Bénin. C.Z
Commune de Djougou : L’art rassemble et réconcilie les communautés.
L’expression SAWARA, évoque dans huit langues du nord du Bénin (Dendi, Bariba, etc.), la cohésion sociale, le fait de « cheminer ensemble ». Il incarne l’ambition du projet SAWARA porté par le consortium Brut Médias Afrique – CFI medias – Fondation Hirondelle – ONG Filles en Actions – Institut pour la Gouvernance Démocratique (IGD)] et financé par l’Union Européenne. Celle de créer des espaces de dialogue apaisés et de participation citoyenne. La Place de l’Indépendance de Djougou s’est muée en véritable agora citoyenne. Plus de 320 personnes, composées d’autorités locales, des leaders communautaires et des jeunes, ont pris part à un théâtre-forum communautaire organisé dans le cadre du projet SAWARA. Dans un contexte marqué par la circulation rapide de rumeurs, notamment en période électorale, la pièce jouée par des comédiens locaux a montré comment une simple information non vérifiée peut déstabiliser une communauté. D’un climat de paix, la scène bascule vers la méfiance et le conflit, révélant les conséquences néfastes des fausses nouvelles sur la cohésion sociale. Le théâtre-forum ne s’est pas limité à une représentation. Les spectateurs ont été invités à interrompre la pièce, remplacer les personnages et proposer des alternatives. De ces échanges ont émergé des solutions concrètes telles que : promouvoir la vérification des informations, renforcer les mécanismes de dialogue communautaire, encourager la médiation par des leaders crédibles et sensibiliser sur les risques liés à la désinformation. L’expérience a montré que les femmes et les jeunes ne sont pas de simples bénéficiaires, mais des acteurs essentiels de la paix. Leur implication active, leurs prises de parole courageuses et leurs propositions ont confirmé leur rôle stratégique dans la prévention des conflits et la promotion du vivre-ensemble. Prises de conscience et engagements citoyens Les témoignages recueillis ont révélé une forte identification aux réalités mises en scène : propagation de notes vocales sur WhatsApp, rumeurs en période de crise, fausses informations liées au Covid. Le Chef d’arrondissement a rappelé que « toute personne qui reçoit une information a le devoir de la vérifier avant de la diffuser », insistant sur la responsabilité individuelle dans la gestion de l’information. Ce théâtre-forum a démontré la puissance de l’art comme vecteur de sensibilisation et de changement social. En créant un espace sécurisé et participatif, il a permis aux citoyens de réfléchir collectivement, de dialoguer et de s’engager pour la paix. À Djougou, l’expérience du théâtre-forum a prouvé qu’une place publique peut devenir une école du vivre-ensemble. En donnant la parole aux communautés, en valorisant leurs expériences et en encourageant leur engagement, le projet SAWARA bâtit pas à pas une société solidaire, consciente des dangers de la désinformation et résolument tournée vers la paix. C.Z
Paix et cohésion sociale au Nord-Bénin : Le projet SAWARA tisse les liens du vivre-ensemble.
À Kandi, plus précisément à l’hôtel Saka-Kina, l’Ong Filles en Actions a réuni plus d’une cinquantaine de jeunes femmes et hommes pour une académie démocratique et civique sur la paix et la cohésion sociale, organisée dans le cadre du projet SAWARA. Cette initiative citoyenne intervient dans un contexte marqué par la montée de la désinformation, des tensions électorales et des fragilités sécuritaires, particulièrement dans le nord du pays. Pendant trois jours, les participants ont été formés à l’analyse des conflits, à la gestion non violente des tensions communautaires, à la lutte contre les discours de haine et à l’éducation aux médias. L’approche pédagogique reposait sur des méthodes participatives telles que les jeux de rôle, les simulations et études de cas. La paix n’a pas été abordée comme un concept abstrait, mais comme une compétence concrète à exercer au quotidien. La jeunesse, souvent exposée à la désinformation, a appris à vérifier les informations, déconstruire les rumeurs et promouvoir une parole responsable. Ces jeunes deviennent désormais des relais essentiels dans la lutte contre les fakes news, notamment en période électorale et post-électorale. L’académie a également mis en lumière le rôle central des femmes dans la médiation sociale. Trop souvent invisibilisées dans les mécanismes formels de décision, elles sont pourtant les premières à apaiser les tensions au sein des familles et des communautés. À travers des partages d’expériences et des rencontres inspirantes, les participantes ont renforcé leur leadership et se sont affirmées comme médiatrices capables d’intervenir stratégiquement dans la prévention des conflits. Cette expérience a révélé les défis structurels qui freinent la paix durable au Bénin, mais aussi les leviers possibles : institutionnaliser le rôle des femmes dans la médiation, intégrer l’éducation à la paix dans les curricula scolaires et mettre en réseau les acteurs locaux. Le message est clair : avec près de 60 % de jeunes et plus de la moitié de femmes dans la population, ignorer leur rôle revient à se priver de la majorité des ressources humaines du pays. Les inclure réellement et structurellement, c’est bâtir une démocratie qui reflète enfin sa population. À Kandi, cinquante jeunes femmes et hommes ont choisi d’être des bâtisseurs de paix. Leur engagement mérite d’être soutenu et institutionnalisé. La paix durable au Bénin ne se fera pas sans elles, ni sans eux : elle se construira avec leur énergie, leur leadership et leur vision. Pascal Toffodji
Conseil des ministres : Talon et Wadagni, une image forte de continuité.
Le Conseil des ministres du 22 avril 2026 restera comme une séquence historique. Pour la première fois, le président sortant Patrice Talon et son successeur élu Romuald Wadagni ont siégé côte à côte, donnant à voir une transition politique sans heurts et une continuité assumée. Sous les applaudissements des ministres, les deux hommes ont fait une entrée conjointe dans la salle, avant de s’installer l’un à côté de l’autre. Une image rare : deux présidents, l’un en fin de parcours, l’autre sur le point d’entrer en fonction, réunis autour de la même table pour conduire les affaires de l’État. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Houngbédji, a décrit une atmosphère empreinte de cordialité et de respect mutuel : « Ils ont pratiquement coprésidé le Conseil des ministres », a-t-il confié, soulignant la volonté de montrer une transition apaisée. Au-delà du symbole, ce moment traduit une stratégie politique claire : celle d’un passage de témoin préparé de longue date. Wadagni, acteur clé du régime depuis 2016, incarne la continuité de l’action gouvernementale. Le plébiscite populaire lors du scrutin du 12 avril vient confirmer cette adhésion. Les préparatifs techniques de la passation de charges sont déjà en marche. Mais l’essentiel est ailleurs : l’image de Talon et Wadagni côte à côte, dans une parfaite synchronie, envoie un message fort de stabilité et de confiance, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. C.Z
Assemblée nationale du Bénin : mutations et relations avec l’exécutif.
Théodule Nouatchi analyse l’évolution du parlement et sa collaboration avec le gouvernement Quelques jours après l’ouverture de la première session ordinaire de la 10e législature et l’investiture de son président, Joseph Fifamè Djogbénou, l’émission reçoit Théodule Nouatchi, professeur de droit à l’Université d’Abomey-Calavi. Il revient sur les grandes mutations enregistrées au sein de l’Assemblée nationale du Bénin et sur les passerelles de collaboration entre le Parlement et l’exécutif. Journaliste : Théodule Nouatchi, bonjour. Théodule Nouatchi : Bonjour, cher journaliste. Pour commencer, rappelez-nous le contexte de la création du Parlement béninois. Le Parlement a vu le jour dans les années 60. Mais le renouveau démocratique s’est véritablement installé après la conférence nationale de février 1990. Nous avons d’abord connu le Haut-commissariat pour la République, dirigé par Mgr Isidore de Souza, qui jouait à la fois le rôle d’Assemblée nationale et de Conseil constitutionnel. En avril 1991, après 17 ans de révolution et de parti unique, le Bénin a tourné la page pour installer un Parlement pluraliste de 64 députés, chiffre qui a évolué jusqu’à 109 aujourd’hui. Comment apprécier l’évolution du Parlement au fil des législatures ? Le tout premier Parlement était d’un très haut niveau intellectuel. Ensuite, de la deuxième à la huitième législature, nous avons connu 83 députés. Cette période a été marquée par des épisodes comme l’invalidation du siège de Justin Todan. Plusieurs présidents se sont succédé : Adrien Houngbédji, Bruno Amoussou, Idji Kolawolé, Mathurin Nago, Louis Vlavonou, et aujourd’hui Joseph Djogbénou. Qu’en est-il de la collaboration entre le Parlement et la présidence de la République ? La Constitution de 1990, modifiée en 2019 et en décembre dernier, a prévu plusieurs passerelles. Le président de la République promulgue les lois votées par le Parlement, ce qui leur donne force exécutoire. La désignation des membres de certaines institutions, comme la Cour constitutionnelle, se fait conjointement : quatre choisis par l’Assemblée, trois par le président. Le gouvernement est aussi tenu de répondre aux questions écrites ou orales des députés. Bien sûr, quelques crises ont existé, mais elles n’ont jamais empêché la démocratie de fonctionner. Merci beaucoup, professeur Nouatchi, pour cet éclairage. Je vous en prie. Merci pour l’honneur et la confiance.
Le monde du cinéma béninois est éploré : Tonton J : le rire s’éteint, mais l’écho demeure.
Dans la nuit du jeudi 23 avril 2026, un souffle s’est brisé, et avec lui une voix familière du théâtre béninois. Coffi Alexis Adadji, que tous appelaient affectueusement Tonton J, a quitté la scène de la vie comme on quitte un plateau après la dernière réplique. Un malaise soudain, une « petite crise » fatale, et l’artiste s’est effacé, laissant derrière lui un silence lourd, mais habité par des éclats de rire éternels. Figure emblématique du groupe comique Professeur Mombi, Tonton J était bien plus qu’un comédien. Il était un baobab de la culture béninoise, un repère pour des générations. Ses personnages, inspirés du quotidien, parlaient la langue du peuple, mêlant satire sociale et humour populaire. Il avait ce don rare de transformer les travers de la vie en éclats de rire partagés. Depuis ses débuts en 1974, il n’a cessé de bâtir une œuvre enracinée dans les réalités locales. En 2024, il célébrait ses 50 ans de carrière par un spectacle d’adieu intitulé Un coq dans la basse-cour, au Palais des congrès. « Je veux vous dire au revoir », lançait-il alors, comme une prophétie discrète. Mais son départ, deux ans plus tard, surprend et bouleverse. Instituteur et conseiller pédagogique, Tonton J a aussi formé des générations d’élèves et de jeunes comédiens. Sa vie était une double scène : celle de l’école, où il transmettait savoir et valeurs, et celle du théâtre, où il offrait rires et réflexions. Cette dimension éducative, moins médiatisée, complète le portrait d’un homme voué à la transmission. Une mémoire vivante Ses rôles dans Dodji, le tabouret sacré (2007), Agniké (2008) ou encore la série Apparences (2024) témoignent de son talent multiforme. Ses pairs le décrivent comme un « baobab », ses admirateurs l’appelaient parfois « Pépé J », preuve d’une affection qui dépassait le simple statut d’artiste. Tonton J s’en est allé, mais il ne disparaît pas. Car l’artiste, lui, ne meurt jamais. Il demeure dans les mémoires, dans les répliques qui résonnent encore, dans les sourires qu’il a semés. Le Bénin perd une voix, mais garde une légende. C.Z