La saison des pluies rime avec recrudescence du paludisme au Bénin. Dans les quartiers mal assainis, les moustiques prolifèrent et les cas d’infection se multiplient. Face à cette menace persistante, l’État béninois a franchi une nouvelle étape en créant, le 18 février dernier, l’Agence nationale de lutte contre la malaria et les moustiques.
Pour le gouvernement, l’éradication du paludisme est désormais une priorité nationale. L’agence, autonome et spécialisée, aura pour mission de concevoir et évaluer les programmes de démoustication, renforcer la prévention, réduire l’incidence et la mortalité, promouvoir la recherche et sensibiliser les populations. « La richesse de cette structure, c’est de coordonner les efforts et d’apporter des réponses concertées », souligne Wilfried Léandre Houngbédji, porte-parole du gouvernement. À Vossa, quartier de Cotonou régulièrement inondé par les eaux du lac Nokoué, la nouvelle est accueillie avec soulagement. Vincent Kiti, commerçant, y voit « une bonne chose qui va aider la population », particulièrement les enfants, premières victimes des piqûres de moustiques. Solange, mère de famille, espère que l’agence combattra aussi les médicaments de rue : « Si le gouvernement pouvait réduire le coût des produits officiels, ce serait une bénédiction. »Dans les cliniques, les médecins constatent chaque jour l’ampleur du fléau. « Sept à huit patients sur dix viennent pour le paludisme », confie Dr Rodrigue Ignace Adingni. Pour lui, l’agence est une avancée majeure : « Les spécialistes vont réfléchir ensemble et décider de solutions adaptées. »Au-delà de la riposte immédiate, l’objectif est clair : inscrire le Bénin parmi les pays qui auront éradiqué le paludisme. Avec la vaccination introduite en 2024, la démoustication coordonnée et l’implication des collectivités locales, le pays se dote d’outils pour transformer l’espoir en réalité.
Vers la réduction d’un fardeau sanitaire et économique majeur
Le paludisme reste l’une des pathologies endémiques les plus redoutées au Bénin. Selon le Dr Koudjo Tokpanou, infectiologue et directeur des établissements hospitaliers au ministère de la Santé, près de 17 % de la population est touchée par la maladie. Chez les enfants de moins de cinq ans, la proportion grimpe à 39 %. Un véritable fardeau sanitaire et économique qui mobilise d’importantes ressources des ménages et de l’État.Face à ce défi, le gouvernement a créé en février dernier l’Agence nationale de lutte contre la malaria et les moustiques. Pour le Dr Tokpanou, cette structure marque un tournant : « C’est une nouvelle forme de pensée et de lutte. En intégrant directement les moustiques vecteurs, nous adoptons une approche holistique. Si nous parvenons à couper la chaîne de transmission au niveau du vecteur, nous ferons un bond significatif en avant. »Les efforts déjà déployés portent leurs fruits. Entre 2022 et 2023, le taux de mortalité lié au paludisme est passé de 0,83 à 0,7 pour 1 000 habitants à risque, selon l’Organisation mondiale de la santé. Cette amélioration est attribuée notamment à l’innovation dans la prévention, comme la digitalisation des simulations de lutte contre le paludisme saisonnier.
Recherche et innovation au cœur de la riposte
La nouvelle agence aura aussi pour mission de mobiliser davantage de ressources pour la recherche. L’objectif est de développer des solutions adaptées au contexte béninois, issues de données locales et de résultats probants. « La lutte doit être globale, intégrée et fondée sur des faits scientifiques », insiste le Dr Tokpanou. À l’horizon 2030, le Bénin ambitionne d’éradiquer le paludisme. La vaccination introduite en 2024, la démoustication coordonnée et la sensibilisation des populations constituent les piliers de cette stratégie. Mais pour réussir, la mobilisation devra être collective : État, chercheurs, collectivités locales et citoyens.
Zéphirin Toasségnitché









