Produire la connaissance ne suffit plus. C’est le diagnostic posé par l’Université d’Abomey-Calavi (Uac) en initiant lesJournées des sciences et de l’innovation, qui a célébré, du 9 au 12 juin dernier, sa troisième édition autour du thème : « De la recherche scientifique à l’impact socio-économique, le rôle stratégique des bureaux de transfert de technologie ». Dans un entretien, le Professeur Guy Clarence Sèmassou, Enseignant-chercheur au département de génie mécanique et énergétique de l’École Polytechnique d’Abomey-Calavi, chef du service de la prospective de la planification et de la valorisation de la recherche au vice-rectorat chargé de la recherche universitaire de l’Uac, est revenu sur le but de l’initiative en mettant l’accent sur comment les bureaux de transfert de technologies rapprochent les laboratoires du monde socio-économique.
Prime News Monde :
Le thème de cette troisième édition des Journées des sciences et de l’innovation est « De la recherche scientifique à l’impact socio-économique, le rôle stratégique des bureaux de transfert de technologies ». Professeur Sèmassou, comment passer du laboratoire à la création de valeurs pour la société ?
Professeur Guy Clarence Sèmassou :
Comme vous l’avez dit, le thème central, ce sont les bureaux de transfert de technologies. Nous avons constaté qu’il n’existait pas de dispositif structuré de valorisation des résultats de recherche. C’est pourquoi nous avons créé un bureau central et des bureaux sectoriels dans nos entités. Leur rôle est d’identifier les résultats produits dans les laboratoires, de les accompagner et de trouver des financements pour qu’ils servent au développement de la Nation. Ces bureaux sont des ponts entre la recherche et le monde socio-économique. Notre ambition est claire : quitter une université productrice de savoirs pour devenir une université transformatrice de savoirs en impacts sociaux, culturels et économiques.
Quels ont été les temps forts de cette troisième édition ?
La cérémonie officielle d’ouverture, présidée par le représentant de la Ministre de l’enseignement supérieur, a donné le top. Nous avons eu des communications inaugurales sur la valorisation des résultats universitaires, les mécanismes de financement des innovations, des cafés scientifiques consacrés à l’entrepreneuriat étudiant, à l’innovation frugale, à la pharmacopée béninoise. Une journée spéciale dédiée au numérique et aux innovations était également au programme, sans oublier la soirée de distinction des meilleurs innovateurs de l’Uac.
Quels types d’innovations ont été présentés ?
Elles proviennent de nos 64 laboratoires reconnus et couvrent des domaines variés: agriculture, santé, environnement, numérique, énergie, sciences de l’ingénieur, mais aussi sciences humaines et sociales. Ces innovations apportent des réponses concrètes aux préoccupations de la société et témoignent du potentiel de la recherche universitaire béninoise.
Quels bénéfices pour les entreprises et les collectivités ?
Les entreprises peuvent trouver à l’université des solutions innovantes à leurs besoins. Ces journées offrent un cadre de rencontres entre chercheurs, entrepreneurs, investisseurs et décideurs. L’objectif est de développer des partenariats gagnant-gagnant, permettant de transformer les résultats scientifiques en opportunités économiques. Les bénéfices sont partagés : l’entreprise qui exploite un brevet, le chercheur qui développe l’innovation et l’université qui valorise ses travaux.
Et les sciences humaines et sociales, quel rôle jouent-elles dans cette dynamique ?
Elles innovent aussi, mais souvent on les oublie. L’innovation ne se limite pas aux technologies. Elle peut être organisationnelle, sociale, éducative, culturelle ou institutionnelle. Les sciences humaines et sociales contribuent à comprendre les comportements, améliorer les politiques publiques et résoudre durablement les problèmes de société. Nous avons dû sensibiliser pour rappeler leur rôle essentiel.
Pourquoi est-il crucial de rapprocher davantage l’université du secteur privé ?
Parce qu’une recherche qui ne profite pas aux entreprises est une recherche aveugle. Les entreprises ont des préoccupations concrètes. Dans certains pays, une thèse ne peut être initiée sans financement d’une firme. Celle-ci propose un thème, finance les travaux et bénéficie des résultats. C’est ce modèle que nous voulons adapter au Bénin pour que la recherche universitaire devienne un véritable moteur de développement.
Professeur, vous avez évoqué la nécessité de créer une synergie entre les laboratoires et les entreprises. Comment cela se concrétise-t-il ?
Nous avons noué des partenariats avec la Chambre de commerce et d’industrie pour mettre en place une plateforme d’échange. Les élus consulaires recensent leurs préoccupations et nous identifions les laboratoires capables d’apporter des solutions probantes. Désormais, il n’est plus question de travailler « en l’air » : la recherche doit répondre à des besoins réels et mesurables.
Parlons du concours Vision Wéziza. Quel est son objectif et quels sont les critères de sélection ?
Le concours Vision Wéziza vise à identifier et récompenser les innovations les plus prometteuses. Nous avons prévu cinq trophées : deux pour les sciences exactes, deux pour les sciences humaines et un prix spécial. Les distinctions sont accompagnées d’enveloppes symboliques pour encourager l’excellence, la créativité et l’esprit d’innovation. L’objectif est de stimuler la recherche appliquée et de valoriser les talents de notre université.
Quel public est concerné par ces journées ?
Elles sont ouvertes à tous : étudiants, chercheurs, entreprises, investisseurs, organisations publiques et même la population. Nous les invitons à visiter nos expositions et à participer aux activités. C’est une occasion unique de découvrir le potentiel scientifique et technologique de l’Uac et de constater que la recherche peut être un puissant levier de développement.
Un dernier message ?
Oui. Nous sommes convaincus que la recherche n’atteint pleinement sa mission que lorsqu’elle améliore concrètement la vie des populations. C’est tout le sens des Journées des sciences et de l’innovation que nous organisons.
Transcription Zéphirin Toasségnitché









