Dans la cité des Kobourou, véritable carrefour du bétail au Bénin, une promesse tient en haleine tout un secteur : la construction d’un abattoir moderne. Éleveurs, bouchers, commerçants et consommateurs y voient l’espoir d’une révolution sanitaire et économique. Mais sur le terrain, l’attente se transforme en frustration.
Avec près de 2,5 millions de têtes de bétail et plus de 100 000 tonnes de viande produites chaque année, le Bénin s’impose comme un acteur majeur de l’élevage en Afrique de l’Ouest. Pourtant, les infrastructures d’abattage restent rudimentaires. « Les prix élevés frappent tout le monde, éleveurs, bouchers et commerçants », déplore Abdoul Kadiri Oumarou Yéro, porte-parole des éleveurs. À Lagos, au Nigeria, des abattoirs modernes abattent jusqu’à 5 000 bêtes par jour et disposent de systèmes de conservation performants. « Nous n’avons pas ça au Bénin », regrette Abdoulaye Mama Sambo, président des commerçants de bétail. Résultat : les troupeaux béninois sont contraints de longs trajets vers le Togo, le Ghana ou la Côte d’Ivoire. Des voyages coûteux, risqués… et meurtriers pour de nombreux animaux. Au marché moderne de Guèma, Alidou Orou-Goura, président des bouchers, reconnaît les efforts du gouvernement pour améliorer les espaces de vente. Mais il insiste : « Les aires d’abattage ne répondent pas aux normes. » Un constat qui met en lumière la fragilité de la filière et l’urgence d’une modernisation. Pour Jonadath Lafia Séro N’Gobi, consommatrice, le danger est clair : « Sans suivi rigoureux, la viande peut véhiculer des maladies. » La santé publique se retrouve ainsi directement exposée aux failles du système. Entre pertes économiques, risques sanitaires et manque d’infrastructures, l’abattoir moderne promis à Parakou apparaît comme le maillon manquant pour sécuriser la consommation, renforcer la compétitivité et donner un nouvel élan à l’élevage béninois. Tous les regards restent tournés vers cette promesse, suspendue entre espoir et impatience.
C.Z











