À quelques semaines de l’investiture du président élu Romuald Wadagni, la question du pouvoir d’achat des Béninois revient au centre des débats. Dans les marchés, les syndicats et les milieux économiques, les propositions fusent pour renforcer le panier de la ménagère et redonner souffle aux revenus des citoyens.
De Parakou à Cotonou, les attentes sont claires. Les Béninois réclament des mesures concrètes pour faire face à la flambée des prix. « Il faut revoir le prix des intrants agricoles et améliorer celui des produits tropicaux comme le soja et le cajou », plaide un agriculteur. « Chez nous à Parakou, le Zém, c’est tout ce qui reste. Mais l’essence est trop chère », déplore un conducteur. « Il faut subventionner les engrais, améliorer le transport et alléger les taxes », ajoute un commerçant. Pour d’autres, la solution passe par la généralisation du projet Arch, notamment son volet assurance maladie, afin de protéger les ménages les plus vulnérables. Le secrétaire général de la Csa-Bénin, Anselme Amoussou, rappelle que le pouvoir d’achat ne se résume pas à une simple augmentation salariale. « Les salaires des petits travailleurs, même augmentés, fondent comme neige au soleil sans filets sociaux efficaces. Il faut activer le sous-pape social, notamment le projet Arch, et moderniser l’agriculture. Nous avons un potentiel énorme, mais il est inconcevable que nous continuions à labourer à la houe. » Même son de cloche du côté de la Cosi-Bénin. Son secrétaire général, Kodjo Hinlin, évoque les boutiques communautaires et les mécanismes de régulation des prix. « L’Onasa, à l’époque, achetait les produits agricoles en période d’abondance et les revendait en période de soudure. Ce système permettait d’amortir l’inflation et de préserver le pouvoir d’achat. » Pour Grégoire Vinakpon Amoussou, enseignant à l’École nationale d’administration et expert en finance publique, trois leviers peuvent durablement renforcer le pouvoir d’achat : « Il faut soutenir les PME pour transformer l’auto-emploi en entreprises structurées, ajuster les salaires selon la productivité nationale et miser sur l’industrialisation. La transformation locale du soja, du coton et du cajou est la clé. » Sur le plan fiscal, il prône une réforme équilibrée : « Moins de poids sur la consommation, plus de rigueur sur la rente. En digitalisant l’économie, on élargit l’assiette fiscale et on réduit la corruption. Cela permet de baisser la pression fiscale tout en augmentant les recettes. Les exonérations doivent cibler les produits de première nécessité et les intrants agricoles. » Renforcer le panier de la ménagère béninoise passe par une politique économique intégrée : Soutenir la production locale et l’agro-industrie, réduire les coûts de transport et les taxes, étendre les filets sociaux comme l’assurance maladie et promouvoir la digitalisation et la transparence fiscale. Le défi est immense, mais les pistes sont claires : redonner du souffle à l’économie pour que chaque Béninois sente le progrès dans son assiette.
Pascal Toffodji











